hohun a écrit:Thermostat a écrit:Toutes les villes de casernes militaires,genre Villacoublay, ça respire bon la femme à la maison déprimée, la droite décomplexée et la fierté ridicule du sous officier qui se fait saluer en allant acheter le pain
Ah, on a ze best, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mourmelon-le-Grand, avec bonus bip bip serial killer en prime.
https://www.francetvinfo.fr/faits-diver … 86777.html
La Champagne est trop souvent ignorée au profit de sa voisine picarde quand on aborde le sujet des villes de merde remplies de consanguins, parce qu'elle fut sauvée par l'Histoire. Toutefois, ne vous y trompez pas : Reims, véritable phare de la civilisation, s'élève avec peine dans un bourbier de villages parfois fascisants, parfois jacouillards, souvent les deux, et où on déteste les livres au moins autant qu'on déteste les auvergnats. Il faut visiter la ceinture de villages de la Montagne (ahah) de Reims pour voir un microcosme singulier fait de vignerons bourgeois qui roulent en Porsche Cayenne (la voiture officielle des faux riches à mauvais goût) et de crotteux à bottes longues qui s'accordent sur le fait que le seul noir qui mérite de vivre, c'est le pinot. C'est la plus parisienne des régions, en ceci qu'elle serait très agréable si ce n'était ses habitants.
La grosse difficulté vient du fait que de nombreuses villes de merde gardent un attrait architectural certain de par la riche histoire de la Champagne, mais être une ville de merde, c'est aussi savoir dépasser les apparences.
À ce titre, la ligne SNCF Reims-Dijon (aujourd'hui supprimée pour cause de syndrome de stress post-traumatique) était le train hanté de la France, le genre de chose que l'on prend avec une barbe à papa et trilleur de michel jacqu'sson dans les hauts-parleurs.
La première étape est Châlons-en-Champagne. Google images tourne en boucle sur quelques jolies photos du centre ville ; dans la réalité, c'est plutôt ça :

Par quoi commencer, si ce n'est par le fait que "champagne" est une variante de "campagne" ? Dans la région, Châlons est bien connue pour son seul attrait, celui d'être la préfecture du département. Elle est bien inconnue pour tout le reste, et ce n'est pas un rapide tour dans le centre-ville qui nous contredira, pas plus que sa périphérie, horrible entrepôt de zones commerciales plates et désertes comme on en trouve jusqu'à la frontière belge. On ressort de Châlons avec l'impression de n'avoir rien vu - et c'était peut-être le cas.
Puis vient Mourmelon. Ah, ça, t'en vois du baraqué avec sac à dos camo tactifrais dans le train. Tu entends aussi leurs conversations et la musique qu'ils écoutent, et tu te rends compte que le seul apport culturel quotidien de ces gens, c'est la Marseillaise. Pour le reste, Thermo et Desproges ont très bien résumé.
Ensuite, Chaumont. Ahhh, Chaumont. Si la Picardie était un trou noir, ce serait la Haute-Marne. Département singulier aux villes sanglières, la Haute-Marne porte Chaumont en étendard, et quand ta capitale sonne comme "chômage", tu sais que tu es bien parti dans la vie. Chaumont est un mystère ; à s'y promener, on ne sait pas vraiment de quoi vivent ses gens, on ne sait plus quelle heure il est, on ne sait plus vraiment qui on est, et c'est un peu hébété que l'on finit sur son sympathique viaduc, à l'aune duquel on mesure à quel point les gens ont érigé le fait de se tirer de cette ville en monument.
Là encore, difficile de produire des photos, ce qu'on trouve sur Internet ne montrant que la place de l'hôtel de ville et un château des environs, comme si Paris n'était que Montmartre sans les odeurs de pisse.
Arrêt suivant : Langres. Ou plutôt, "Liiingres", caume on dit por'ici. En arrivant à Langres, le wagon s'écrie à l'unisson : "mais on est où, putain ?". On voit, au loin, la vieille ville fortifiée, qui est plutôt jolie. On serait tenté d'aller y faire un tour, mais qu'on ne s'y trompe pas. La brume est de celles qu'on voit dans les romans de Stephen King et révèle la véritable apparence des habitants ; informes et difformes à la fois, c'est un spectacle d'ombres chinoises qui palpite et s’évanouit en moins de temps qu'il nous faut pour dire "pouah", nous laissant dans la crainte que ce qui n'est plus devant nous est désormais juste derrière nous. À Langres, tel plot de stationnement pourrait bien être un monstre folklorique, telle arche une gueule béante, telle statue de Diderot une Vénus d'Ille-et-très-vilaine. On raconte que l’horriblement célèbre orthographe de Madame Diderot aurait donné naissance aux Lingons, dont on ne s'étonne qu'à moitié qu'ils soient presque homonymes avec la race la plus laide et la plus brute de la galaxie.
On quitte la ville avant que l'incertitude ne se dissipe, certain d'avoir réchappé à quelque malédiction ancienne.
Enfin, Culmont-Chalindrey. On s'y arrête, on ne sait pas bien pourquoi, puis on repart. Culmont.