En fait voilà comment ça se passe.
Henri manager de son service reçoit régulièrement depuis 7 ans la même demande de la part de ses collaborateurs, non pas une augmentation, ce sont des gens bien, mais la création d'un poste pour les décharger un petit peu.
Récemment le service d'en face naturel concurrent a obtenu la budget pour un cadre de plus faisant du service un adversaire un peu trop gros au goût d'Henri.
Il décide donc de lancer le recrutement d'un chargé de mission qui lui sera directement rattaché et sera en charge des projets transverses au sein de son service et idéalement il participera au management de l'équipe car c'est plus qu'un plein temps avec ses râleuses qui gueulent de faire à peine 15 heures sup par semaine sans rémunération. Tu parles d'une équipe de cadre niveau 7, une vraie bande de caissières qu'il faut payer dès que "la pointeuse dit que"...
Bref Henri s'adresse à Gilbert le DRH, très formellement dans un mail bien formaté qu'il a soumis à l'approbation de Sophie avant d'envoyer. Sophie c'est son adjointe officieuse. Bon elle a pas la paye et ni le statut mais ça fait bien trois ans qu'elle fait le lien entre l'équipe et lui, qu'elle assure les réunions et fait la veille pour le service. C'est sûr que ça lui a fait un coup de corriger le mail dans lequel elle apprends qu'elle n'aura jamais le poste officiel mais faut pas déconner, c'est pas demain qu'Henri devra gérer les remarques d'une autre bonne femme que sa rombière.
Henri rencontre Gilbert et ils conviennent du profil : Jeune homme, Junior sorti d'une école de commerce de préférence parisienne, avec de préférence une expérience dans un big four, qui parle anglais couramment et une maitrise de la norme ITX63Z, pendant gestion de la norme dédiée à l'encadrement du processus de reproduction des coléoptère, domaine dans lequel Coléoluc et leader sur son marché de dimension international en France.
Gilbert qui se couvre un peu en demandant un sorti d'école pense qu'a un tel niveau de responsabilité pour le poste, il risque sa place s'il foire le recrutement. Il place donc son offre sur le marché des cabinets de recrutement : Michael Page et JPGRay sont les premiers à répondre. Il finit par choisir JPGray parce que si Page est moins cher JPGray sonne USA et fait déjà plus sérieux, de toutes façons c'est quoi 50% des 6 premiers mois de salaire brut d'un cadre level 8... 10.000 euros, queudalle. Et puis de toute façons il a le budget, s'il ne le crame pas on lui en piquera l'année prochaine.
Pascal Antoine consultant JPG (grande école, 3 ans d'audit avant d'intégrer la Cogebip en cellule forecast puis recruté par JPG pour les missions de recrutement en finance, revenu en france après 4 ans à Montréal et qui s'occupe de la région 93 et nord suite à la création du service à sa propre demande parce qu'il est proactif et en veut fort... ou simplement parce Jean François, 55 ans, son prédécesseur devenait juste trop vieux comme vitrine du groupe) rencontre Gilbert prend 3 ou 4 notes, fait les "hon, hon" qui vont bien assure qu'il a bien pris en compte le "dimensionnement" du candidat et qu'il a une bonne idée du "fit" recherché. Gilbert est content d'avoir un interlocuteur aussi professionnel qui maitrise aussi bien les "endgames" comme dit Pascal Antoine.
P-A, parce que c'est son nom à l'agence Neuilly, rentre donc au bercail et prends immédiatement en charge la création de la fiche de poste. "Sylvain ! (son assistant, école inconnue option RH ou pire Fac de psycho) ressort moi le descriptif qu'on avait fait pour la picool inc, sur le poste de chargé de mission. Tu control-H picool par Coléoluc et tu bazardes sur Monster, Cadremploi et l'Apec tiens, on se lâche là. Ensuite tu suis le dossier et tu me montres ce qui ressort vendred' avant midi, j'ai un lunch avec le RH de la Cogerip pour l'adjointe de son assistance de direction".
Sylvain, provincial est chez JPgray depuis 4 mois alors il ne prends pas vraiment d'initiative : quand il reçoit un CV, il lui applique sa checklist. Niveau de diplôme... check, années d'expérience... check avec bonus, big four... ah non. Dommage Monsieur Morin pas possible pour Coléoluc, mais bon de toutes façons on va pas lui répondre de suite on fera un package de tous les refus dans 3 semaines histoire d'avoir des suppléants si ceux qu'on choisit nous font faux bond. Par contre on garde les coordonnées, les 500.000 candidats vantés sur la plaquette on doit les justifier.
Alors celui là : Dilpôme..; check, Expérience...check (ouf à 3 semaines c'était mort), big four... check (un stage d'un mois en première année chez PWC).
Vendred' à juste avant noon Sylvain montre le CV validé à P-A. Ok, c'est bon P-A passe le coup de fil : "Bonjour Monsieur bidule, Pascal Antoine machin, JPGRay. J'ai bien reçu votre Cv en réponse à l'offre d'un chargé de mission et je voudrais savoir si vous êtes toujours à l'écoute du marché (tous les cabinets ressortent cette phrase qui doit être Human-ressources-for-a-Better-World© approuved)....hon hon... bien sûr... bien sûr... quelles sont vos prétentions et votre salaire actuel (qu'il transmettra, fini les +30% parce que l'employeur précédent payait au lance pierre et refuser de le donner jette un froid, un bon conseil : mentez de 5.000). Ecoutez ce que j'entends me plaît pas mal, pour valider la candidature je vous propose de nous rencontrer...". La rencontre se fera soit dans les bureau en toute intimité, PA et son Sylvain de l'autre côté de la table le candidat ou au bar d'un hôtel prestigieux (je maitrise pas mal les bar des Novotel et Sofitel parisiens maintenant) devant un café offert au candidat... royal le PA".
Entretien, PA décontracté grâce à son habitude des entretiens et sa haute opinion de lui même - "Bonjour P-A bidule, voici ma carte". Il va finalement beaucoup s'écouter parler et vu que les check sont validés par Sylvain il va juste regarder si le candidat sait valoriser son expérience et se vendre. Ensuite il fait un bref Laïus sur Coléoluc et sur le poste en particulier. Hon, hon tout le monde est content... je vous mail pour une confirmation d'entretien avec monsieur Henri. "Pendant ce temps renseignez vous sur la boîte, si vous avez des questions je suis dispo"
Si le type n'avait pas été vendeur, trop moche, bégaye ou autre on aurait tenté des pro-tips au pire on aurait fait genre que son expérience était trop poussée pour le poste et que malheureusement son CV ne le représentait pas bien, ou une autre excuse qui ne fait perdre la face à personne.
Le candidat va ensuite rencontrer Henri pour que celui ci valide la gueule du type, puis Henri et Sophie pour s'assurer de son niveau technique et enfin Gilbert pour parler pognon. L'entretien se termine, Gilbert annonce qu'ils ont une shortlist de 4 personnes et qu'ils font un choix courant semaine prochaine et on se tient au courant les uns les autres. Après chaque RDV, PA a appelé, il veut savoir "comment ça c'est passé, vous l'avez bien senti" et le mortel "vous avez posé des questions ? Non, il faut toujours poser des questions, montrer qu'on s'intéresse. Si vous n'êtes plus motivé dites le moi... Ah bon vous me rassurez".
Enfin PA rappelle et donne le verdict, se frotte les mains en pensant à sa commission et au plaisir d'un travail bien fait. Sylvain de son côté : diplôme...check.