Pas mal de lectures ces derniers jours, chômage powered

"A rebours" de Huysmans
Je devais le lire depuis plusieurs années. Il a failli me tomber des mains à maintes reprises. L'histoire d'un homme qui décide de vivre à l'écart du monde, et de se réfugier dans l'artifice. Tout le roman est consacré à l'aménagement progressif de sa maison, avec de nombreuses lubies, et à la progression de ses névroses et la dégradation de sa santé. Il y a du beau style, et quelques bonnes idées, mais pour moi qui ne suis pas sensible à la décoration, les questionnements intérieurs sur la couleur des boiseries de la salle à manger m'ont laissé de marbre. Je l'ai pris comme le chapitre de la salle de bains d'american psycho de B.E Ellis étiré sur tout un livre sans les meurtres et les scènes porno. Je l'aimerais peut-être dans quelques années.

"J'étais un chef de gang" de Lamence Madzou et Marie-Hélène Bacqué
Très intéressant. Un récit biographique de Madzou, qui a été le leader des Fight Boys, une bande de l'essonne à la fin des années 80, suivi d'une analyse de ce récit par Bacqué, qui est sociologue. Le récit de Madzou est très instructif: on voit comment se forme la bande, autour de questions identitaires et raciales (Bacqué mettra d'aileurs l'accent sur ce point dans son analyse), comment l'activité de la "bande" devient peu à peu une activité violente (lutte avec des autres bandes pour des contrôles de territoire), puis comment la violence reflue quand l'activité se reconvertit en "bizness" pour repartir ensuite dans des affrontements dont l'enjeu est désormais économique. On a par ailleurs un aperçu de l'activité associative, et des connections qui peuvent avoir lieu avec les municipalités (la description des politiques clientélistes menées à Corbeil Essonne après l'élection de Dassault est particulièrement frappante). Puis le récit se démarque du monde des bandes, puisqu'il raconte la fin de la participation de Madzou à cet univers, son expulsion du territoire (illégale et clandestine d'après ce qu'il en dit), et sa participation à la guerre civile au congo, puis son retour en France et la difficulté à obtenir un titre de séjour. Le récit se clôt sur une réflexion rétrospective de Madzou sur le phénomène de bandes, et sur les formes que doivent à son sens prendre les actions collectives des nouvelles générations.
Le récit est suivi d'une analyse courte mais assez pertinente de Bacqué dudit récit, qui cherche à confronter le document aux travaux poursuivis en sociologie dans ce domaine.
J'ai bien aimé, par rapport au dernier bouquin de Begag c'est le jour et la nuit, des références, des réflexions, et des pistes de lecture.

"Le journalisme sans peine" de Burnier et Rambaud
Des mêmes auteurs, j'avais beaucoup apprécié "Le Roland Barthes sans peine"'. Ici, la recette est la même: sous couvert d'une méthode de langue destinée à familiariser le lecteur avec le "langage médiatique", Burnier et Rambaud se livrent à une satire féroce du langage journalistique. Le but de ce dernier serait de dissimuler au maximum l'information, "pire ennemie du journaliste". Les tics de langage, clichés, maladresse de style sont mises au jour. Le lecteur apprendra comment transformer la phrase courte "Si le maire de Toulon devait démissionner, sa femme pourrait le remplacer", qu'il est nécessaire d'enfler, en le paragraphe suivant:
Cherchez la femme. Si Jean-Marie Le Chevallier devait rendre son écharpe, sa femme pourrait remplacer au pied levé l'édile de Toulon.
Drôle et réjouissant, j'ai beaucoup aimé.