mr_zlu a écrit:Du coup quoi? C'est du "ressenti" alors ça colle bien avec l'époque, on peut bien comprendre pourquoi ils avaient tant envie de raser leur voisin?
Dommage, j'ai pas vraiment le temps on doit aller peindre.
Je reprend :
- Un pays humilié : oui je sais, le communisme c'est pas beau et les goulags alala mais, et bien, beaucoup de russes étaient fiers et y croyaient. A tort ou raison, osef. Mais l'humiliation ne vient pas que de là, tu l'as relevé, elle vient aussi du comportement des vainqueurs.
- Une crise économique majeure : tu en parles comme si c'était rien ou presque mais la violence ET la rapidité du choc est quand même largement passé inaperçus pour nous. Elle a eu des effets dévastateurs : destructions d'emplois, de familles, de vies. Quand tu passes du fonctionnariat dans une économie dirigé à la mendicité dans une économie libérale, tu te fais une idée très précise de ce que la "main invisible du marché" t'as apporté.
- Un homme politique avec une aura de "héro" et de "chef" qui apparait et qui remet littéralement le pays sur les rails (après son arrivé, la croissance économique explose), si besoin en utilisant une rhétorique guerrière. Osef que ce soit ses réformes ou les effets de la libéralisation (ce qui reste largement à prouver, les papiers que j'ai lu sur l'économie russe de cette période ne pointent pas d'évidence ici).
Tu peux éluder tout ça en disant qu'il s'agit juste d'égo froissé ou de "ressenti" si tu veux. L'Allemagne post 1918 avait aussi un ego froissé et un "ressenti" d'humilié. L'histoire de la guerre sur terre est plus ou moins remplie d'égo froissé, d'honneur à laver et de face à ne pas perdre. Ce "ressenti" n'exclut pas des calculs politiques/logiques, bien au contraire.
La seule « idéologie » qui reste, ou peut rester, vivante en Russie, c’est le chauvinisme grand-russien. Le seul imaginaire qui garde une efficace historique, c’est l’imaginaire nationaliste – ou impérial. Cet imaginaire n’a pas besoin du Parti – sauf comme masque et, surtout, truchement de propagande et d’action, de pénétration internationale. Son porteur organique, c’est l’Armée.
Castoriadis écrivait ça dans "Devant la guerre" en 1981. On l'a beaucoup critiqué de ne pas avoir su voir la "chute" de l'URSS et au contraire d'avoir une vision de la Russie "toute-puissante". Pourtant, je trouve le texte éclairant et, quand tu as cette citation en tête ce n'est plus un hasard de voir un ancien du KGB, une structure militaire, conduire ensuite le pays pendant si longtemps (et si efficacement de son point de vue).
La question est de savoir quand l’accumulation d’avantages « locaux » par les Russes sera soudain considérée par les Américains comme en train de passer au niveau du « global » – et ce qui arrivera alors.
Du point de vue Ukrainien, il aurait été essentiel que les USA assument la place de bully de la cour de recrée et mettent un stop total à l'invasion militaire russe dès les premiers jours. Malheureusement pour eux (les gens morts partout dans ce pays, pas les autorités politiques, pas le bataillon azov, pas les tueurs de soldats blessés), il n'y avait aucune paire de couilles à l'horizon ce jour là.